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DPE G, F, E : calendrier d'interdiction de location et impact pour les acheteurs en 2026

9 juillet 2026 · 15 min de lecture · DPEpassoire thermiqueloi Climat et résiliencerénovation énergétique

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Depuis janvier 2025, les logements classés DPE G ne peuvent plus être mis en location, première étape d'un calendrier progressif qui concernera bientôt les classes F puis E. Cette trajectoire législative issue de la loi Climat et résilience de 2021 transforme radicalement le marché immobilier : les passoires thermiques affichent désormais des décotes de 10 à 25 % selon les régions, tandis que l'obligation d'audit énergétique révèle le coût réel des travaux avant l'achat. Pour les investisseurs comme pour les primo-accédants, comprendre ces échéances et leurs implications financières devient indispensable pour éviter les pièges et saisir les opportunités d'un marché en pleine recomposition.

Le Diagnostic de Performance Énergétique classe les logements de A (très performants) à G (passoires thermiques) selon leur consommation d'énergie primaire et leurs émissions de gaz à effet de serre. Avec 5,2 millions de logements classés F ou G en France, cette réforme touche un bien sur six, créant une pression sans précédent sur les propriétaires-bailleurs et redistribuant les cartes de la valorisation immobilière. L'enjeu climatique rejoint ici l'enjeu patrimonial : un bien DPE G acheté sans stratégie de rénovation risque de devenir invendable ou illégalement loué dans les années à venir.

Le cadre légal : la loi Climat et résilience et ses décrets d'application

La loi du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets impose l'interdiction progressive de louer les passoires thermiques. Cette trajectoire contraignante, précisée par plusieurs décrets entre 2021 et 2023, vise à rénover l'ensemble du parc locatif privé d'ici 2034.

Le législateur a défini trois seuils de consommation énergétique : d'abord les logements dépassant 450 kWh/m²/an d'énergie finale (gel des loyers dès 2022, interdiction depuis 2023), puis l'ensemble de la classe G en 2025, la classe F en 2028 et enfin la classe E en 2034. Ces échéances s'appliquent aux nouveaux contrats de location et aux renouvellements dans le parc privé, avec des sanctions prévues par l'article 20 de la loi de 1989 : un locataire peut exiger la mise en conformité et saisir la justice pour contraindre le propriétaire ou obtenir des dommages-intérêts.

Parallèlement, depuis avril 2023, l'audit énergétique est obligatoire pour vendre un bien classé F ou G (décret n° 2022-780 du 4 mai 2022). Ce document, plus détaillé que le DPE, propose au moins deux scénarios de travaux chiffrés pour atteindre la classe B ou A. Le coût de cet audit, entre 800 et 1 500 euros selon la surface, incombe au vendeur mais éclaire l'acheteur sur l'investissement réel à prévoir post-acquisition.

Calendrier détaillé des interdictions et leurs conséquences immédiates

Depuis le 1er janvier 2025, aucun logement classé DPE G ne peut être loué, qu'il s'agisse d'une première mise en location ou d'un renouvellement de bail. Cette première vague concerne environ 1,8 million de logements selon les estimations du ministère de la Transition écologique. Les échéances suivantes se déploient selon un rythme soutenu.

Classe DPEÉchéance interdictionLogements concernésSeuil consommation
G (> 450 kWh)1er janvier 2023140 000> 450 kWh/m²/an
G (ensemble)1er janvier 20251,8 million420-450 kWh/m²/an
F1er janvier 20283,4 millions330-420 kWh/m²/an
E1er janvier 20344,8 millions250-330 kWh/m²/an

Concrètement, un propriétaire possédant un studio DPE G à Lyon doit avoir achevé les travaux de rénovation avant janvier 2025 pour continuer à le louer légalement. S'il ne peut pas financer ces travaux, ses options se limitent à la vente (avec forte décote), à l'occupation personnelle ou à la prise de risque d'une location illégale exposant à des contentieux locatifs. Les logements F bénéficient d'un sursis jusqu'en 2028, mais subissent déjà une gel des loyers depuis août 2022 : impossible d'augmenter le loyer entre deux locataires ou lors du renouvellement, sauf après rénovation énergétique améliorant le DPE.

Pour les classes E, l'horizon 2034 peut sembler lointain mais structure déjà les stratégies : un investisseur qui achète aujourd'hui un bien E sans plan de rénovation se retrouvera bloqué dans huit ans, période inférieure à la durée moyenne de détention d'un bien locatif (11 ans). La visibilité à long terme devient donc un critère d'achat aussi important que le rendement brut initial.

L'impact sur les prix : décotes observées et mécanismes de valorisation

Les passoires thermiques affichent désormais des décotes comprises entre 8 et 25 % selon les marchés, l'écart se creusant à mesure que les échéances d'interdiction approchent. Cette dévalorisation s'explique par trois mécanismes cumulatifs : la restriction du vivier d'acheteurs (les investisseurs classiques se retirent), la visibilité sur les travaux obligatoires (l'audit chiffre le coût réel), et la stigmatisation progressive des logements énergivores dans les préférences des ménages.

Les notaires de France ont documenté qu'entre 2022 et 2025, les appartements DPE G ont perdu en moyenne 12 % de valeur par rapport aux biens similaires classés D, avec des disparités régionales marquées. En Île-de-France, où le marché reste tendu, la décote plafonne à 8-10 % ; dans les villes moyennes du Grand Est ou en zone rurale, elle atteint 20-25 % car l'offre de logements performants est plus large et la demande locative moins pressante.

Cette décote structurelle ne doit pas masquer les opportunités pour certains profils d'acheteurs. Un bien DPE G acheté 150 000 euros avec 25 000 euros de travaux programmés (isolation, changement de chauffage) peut retrouver une valorisation normale après rénovation, voire bénéficier d'une prime verte si le DPE atteint B ou A. Le rendement réel se calcule donc sur le prix d'acquisition + coût des travaux, comparé à la valeur de marché post-rénovation et aux loyers autorisés.

Autre effet mesurable : la polarisation du marché locatif. Les logements neufs ou récemment rénovés (DPE A-B-C) captent une part croissante de la demande et affichent des taux de vacance inférieurs de 40 % aux passoires thermiques. Les locataires, mieux informés sur les coûts énergétiques et conscients des hausses tarifaires (électricité, gaz), privilégient les biens économes même si le loyer est légèrement supérieur. Un appartement DPE B se loue désormais 5 à 8 % plus cher qu'un équivalent DPE E à Paris, écart quasi inexistant avant 2020.

Stratégies d'achat pour les investisseurs et primo-accédants

Pour un investisseur locatif, acquérir une passoire thermique n'a de sens qu'avec un plan de rénovation budgété et une analyse de rentabilité intégrant les aides publiques. L'équation financière repose sur quatre paramètres : le prix d'achat décoté, le coût réel des travaux (révélé par l'audit énergétique), les aides mobilisables (MaPrimeRénov', éco-PTZ, CEE), et la valorisation locative post-travaux.

Prenons un exemple concret : un T2 de 45 m² classé F à Marseille, affiché 120 000 euros (décote de 15 % soit 20 000 euros par rapport au marché). L'audit énergétique indique 18 000 euros de travaux pour atteindre le DPE C (isolation des murs, remplacement de la chaudière fioul). Avec MaPrimeRénov' (6 000 euros pour un propriétaire bailleur aux revenus intermédiaires) et les CEE (2 500 euros), le reste à charge tombe à 9 500 euros. L'investissement total (120 000 + 9 500) atteint 129 500 euros, à comparer aux 140 000 euros d'un bien DPE C équivalent. Le gain patrimonial immédiat est de 10 500 euros, auquel s'ajoute une meilleure valorisation locative (+30 euros/mois) et la suppression du risque d'interdiction.

Pour les primo-accédants en résidence principale, la logique diffère légèrement. L'interdiction de louer ne s'applique pas à l'occupation personnelle, mais trois risques subsistent : la facture énergétique élevée (150 à 250 euros/mois pour un DPE G de 70 m² en région froide), la difficulté de revente (le bien sera décoté même pour un acheteur-occupant), et l'inconfort thermique (logement froid l'hiver, surchauffe l'été). L'achat d'une passoire peut se justifier si le budget contraint l'accès aux biens performants, mais nécessite un étalement des travaux : isolation par l'extérieur la première année (financée par MaPrimeRénov' et éco-PTZ), puis changement du système de chauffage deux ans plus tard. Cette approche séquencée permet d'améliorer rapidement le confort tout en lissant l'effort financier.

À l'inverse, certains profils doivent fuir les passoires sans plan de rénovation crédible : investisseurs cherchant un cash-flow immédiat (le gel des loyers annule toute rentabilité si les charges énergétiques restent à la charge du propriétaire indirectement via la vacance), acheteurs en zone tendue comptant sur la revente rapide (la liquidité des DPE F-G s'est effondrée de 30 % depuis 2023), ou ménages fragiles financièrement ne pouvant absorber ni les travaux ni les factures énergétiques.

L'audit énergétique obligatoire : ce qu'il révèle et comment l'utiliser

L'audit énergétique, imposé depuis avril 2023 pour toute vente de bien classé F ou G, fournit un chiffrage précis des travaux nécessaires pour atteindre les classes C, B ou A, contrairement au DPE qui reste un simple diagnostic. Réalisé par un thermicien certifié, ce document de 40 à 60 pages détaille l'état initial (bâti, isolation, ventilation, chauffage), puis propose au minimum deux parcours de rénovation avec coûts détaillés, gains énergétiques attendus et classement DPE post-travaux.

Le premier scénario doit permettre d'atteindre au moins la classe E, le second la classe B si techniquement possible. Pour chaque poste (isolation toiture, murs, menuiseries, chauffage, ventilation), l'audit précise le coût moyen, les aides mobilisables et l'ordre de priorité. Cette transparence modifie radicalement la négociation : l'acheteur dispose d'un budget prévisionnel fiable (marges de ±15 % selon les devis réels), tandis que le vendeur ne peut plus sous-estimer l'ampleur des travaux.

Concrètement, un audit sur une maison individuelle DPE F de 110 m² en Bretagne révèle souvent : 12 000 euros d'isolation des combles et des murs, 8 000 euros pour une pompe à chaleur air-eau, 4 500 euros de remplacement des fenêtres, soit 24 500 euros HT pour passer en classe C. Avec les aides (MaPrimeRénov' jusqu'à 10 000 euros selon les revenus, CEE 3 500 euros, éco-PTZ pour le solde), le reste à charge oscille entre 8 000 et 15 000 euros selon le profil fiscal de l'acheteur. Ces chiffres deviennent des arguments de négociation : l'acheteur peut demander une réduction de prix équivalente au reste à charge travaux, ou accepter le prix affiché en intégrant ces dépenses dans son plan de financement.

L'audit révèle aussi les impasses techniques : certains immeubles anciens (murs en pierre sans lame d'air, toiture classée monument historique) ne peuvent atteindre la classe B sans investissements disproportionnés (50 000 à 80 000 euros). Dans ces cas, l'achat devient risqué pour un investisseur locatif car l'interdiction de 2028 (classe F) ou 2034 (classe E) s'appliquera sans échappatoire. Seules exceptions prévues par la loi : les contraintes architecturales opposables (bâtiments classés, règles de copropriété bloquantes) ou l'inadéquation économique manifeste (coût de travaux supérieur à 50 % de la valeur du bien).

Aides financières et montages pour financer la rénovation

MaPrimeRénov' reste le dispositif central, avec des barèmes différenciés selon les revenus du ménage et le statut du bien (résidence principale ou location). Pour un propriétaire bailleur, les plafonds sont réduits de 30 % par rapport à un propriétaire occupant, mais les montants restent substantiels : jusqu'à 15 000 euros pour une rénovation globale (gain de 2 classes DPE minimum) d'un bien loué, sous condition de louer 6 ans minimum avec un plafond de loyer encadré.

Les Certificats d'Économie d'Énergie (CEE) complètent MaPrimeRénov' sans plafond de ressources. Versés par les fournisseurs d'énergie (EDF, Engie, Total), ils atteignent 2 000 à 4 500 euros pour une isolation complète ou l'installation d'une pompe à chaleur. L'éco-PTZ (jusqu'à 50 000 euros sans condition de ressources, taux 0 %, remboursement sur 20 ans) permet de financer le reste à charge sans apport, en synchronisant les mensualités de crédit travaux avec les économies d'énergie réalisées.

AideMontant maximalConditions principalesCumul possible
MaPrimeRénov' bailleur15 000 €Location 6 ans, gain 2 classesOui (CEE, éco-PTZ)
CEE rénovation globale4 500 €Gain 55 % énergie primaireOui (toutes aides)
Éco-PTZ50 000 €3 travaux minimumOui (hors prêt classique)
TVA réduite 5,5 %Sur travauxRénovation énergétiqueAutomatique si éligible

Pour les copropriétés, le dispositif MaPrimeRénov' Copropriétés finance jusqu'à 25 % du coût des travaux votés en AG (plafond 25 000 euros par lot), cumulable avec les aides individuelles des copropriétaires. Cette mécanique permet de rénover des immeubles entiers DPE F-G en mutualisant l'isolation par l'extérieur et le changement de chauffage collectif, plus efficace et moins coûteux au m² qu'une rénovation lot par lot.

Stratégie avancée pour investisseurs : acquérir un bien DPE G, demander un éco-PTZ acquisition-rénovation couvrant l'achat et les travaux (jusqu'à 50 000 euros de travaux financés à taux zéro si réalisés dans les 3 ans), puis revendre après rénovation en captant la plus-value liée au changement de classe énergétique. Sur un marché en tension comme Lyon ou Bordeaux, un bien DPE G acheté 180 000 euros, rénové pour 25 000 euros (reste à charge 12 000 euros après aides) et revendu 215 000 euros en DPE C génère une plus-value brute de 10 000 euros en 18-24 mois, hors frais de notaire et fiscalité.

Implications pour la copropriété et les biens en immeuble collectif

Dans les copropriétés, un propriétaire ne peut rénover seul les parties communes (façades, toiture, chauffage collectif), ce qui crée une dépendance aux votes en AG et une temporalité différée. Un acheteur d'appartement DPE F dans un immeuble des années 1970 doit vérifier si un plan de travaux énergétiques a été voté, si un Projet de Plan Pluriannuel de Travaux (PPPT) existe, et quelle quote-part lui incombera.

Depuis janvier 2023, les copropriétés de plus de 200 lots doivent avoir réalisé un Diagnostic de Performance Énergétique collectif, et celles entre 50 et 200 lots avant 2026 (décret n° 2022-663). Ce DPE collectif classe l'immeuble de A à G et déclenche parfois l'obligation de voter un plan de travaux si le classement est F ou G. Pour un acheteur, consulter ce DPE collectif et les derniers PV d'AG éclaire la stratégie du syndic et des copropriétaires : certains immeubles votent des travaux ambitieux (isolation extérieure, remplacement chaudière) permettant de passer en classe D-C d'ici 2027, d'autres restent passifs faute de majorité ou de capacité financière.

Le risque majeur : acheter un appartement F dans un immeuble F sans plan de rénovation, puis se retrouver bloqué en 2028 faute d'accord en AG. Le propriétaire devra soit vendre avec une décote amplifiée (le marché anticipe l'interdiction), soit occuper personnellement, soit prendre le risque d'une location illégale. À l'inverse, acheter dans une copropriété ayant voté 200 000 euros de travaux (quote-part de 8 000 euros pour un T3) assure la mise en conformité et valorise le bien dès le vote, même avant la fin des travaux.

Autre levier : le fonds travaux obligatoire, alimenté chaque année à hauteur de 5 % du budget prévisionnel, peut partiellement financer les travaux énergétiques et réduire les appels de fonds exceptionnels. Dans les copropriétés bien gérées, ce fonds atteint 30 000 à 50 000 euros après quelques années, allégeant le reste à charge pour chaque lot lors d'une rénovation globale.

Risques juridiques et sanctions en cas de non-respect

Louer un bien interdit à la location expose le propriétaire à des sanctions civiles et pénales progressivement durcies depuis 2023. Un locataire peut saisir la commission départementale de conciliation, puis le tribunal judiciaire pour exiger la mise en conformité du logement. Si le propriétaire refuse ou tarde, le juge peut prononcer une astreinte (50 à 200 euros par jour de retard), réduire le loyer jusqu'à la fin des travaux, ou accorder des dommages-intérêts au locataire pour trouble de jouissance.

En cas de location d'un bien manifestement indécent (moins de 6°C dans le logement en période froide, critère objectif depuis le décret du 11 janvier 2021 complétant l'article 6 de la loi de 1989), le locataire peut suspendre le paiement du loyer et demander la résiliation du bail aux torts du bailleur. Cette jurisprudence, confirmée par plusieurs arrêts de cour d'appel entre 2022 et 2025, rend les logements DPE G particulièrement vulnérables : la majorité ne peut garantir 18°C dans toutes les pièces sans facture énergétique prohibitive.

Sur le plan pénal, la loi prévoit des amendes administratives (jusqu'à 15 000 euros pour une personne physique, 75 000 euros pour une société) en cas de mise en location d'un logement interdit, mais leur application reste rare faute de contrôles systématiques. Le vrai risque réside dans les contentieux locatifs et la réputation : un propriétaire condamné voit sa capacité à louer ou revendre durablement affectée, les plateformes de notation locative diffusant désormais ces informations.

Attention aux fausses solutions : certains propriétaires tentent de contourner l'interdiction via des baux précaires (bail mobilité de 1 à 10 mois), des locations saisonnières (réglementation spécifique selon les communes), ou des contrats déguisés (hébergement contre services). Ces montages exposent à la requalification en bail d'habitation classique par le juge, avec application rétroactive des règles sur les passoires thermiques et sanctions aggravées pour tentative de fraude.

Points clés à retenir


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